Les écoles de Saint-Laurent-de-l'Île-d'Orléans

Mathieu Villeneuve — propriétaire, La Petite École de l'Île d'Orléans

Publié le 21 juillet 2026 · recherche en archives · 8 min de lecture
En bref — Au 19e siècle, la paroisse de Saint-Laurent, à l'Île d'Orléans, n'avait que trois écoles pour tout son territoire : une académie au centre du village et deux écoles de rang. En 1899-1900, une institutrice y gagnait 105 $ par année. En 1898-99, le village tenait une école du soir pour adultes — l'une des deux seules de tout le comté de Montmorency. Les archives de l'Instruction publique et la presse d'époque permettent de reconstituer cette histoire avec précision.

Chaque fois que des invités passent la fin de semaine à la maison, la même question revient : c'était quoi, ici, avant ? Plutôt que de répondre par des impressions, je suis allé lire les archives — les rapports annuels du surintendant de l'Instruction publique, l'Histoire de l'Île d'Orléans de Louis-Philippe Turcotte, les journaux numérisés de BAnQ. Voici ce qu'on y trouve. Chaque affirmation de cette page est adossée à une source citée en bas.

Un village où le fleuve était la route

Avant d'être un village d'écoles, Saint-Laurent était un village de bateaux. On y construisait des chaloupes et des embarcations de bois, un savoir-faire transmis de père en fils. La chalouperie Godbout, érigée vers 1838, a été classée immeuble patrimonial en 1977 ; elle est aujourd'hui conservée au Musée maritime de l'Île d'Orléans, à Saint-Laurent.

Dans son Histoire de l'Île d'Orléans parue en 1867, l'historien Louis-Philippe Turcotte décrit une paroisse où une part considérable des propriétaires vivaient de la construction de chaloupes, fournissant notamment les embarcations des navires construits à Québec. Le recensement officiel de 1861 dénombre 933 habitants dans la paroisse ; Turcotte, lui, écrit « quelque 833 âmes ». L'écart entre les deux chiffres est un rappel utile : même les sources d'époque ne s'accordent pas toujours.

Le fleuve n'était pas un décor, c'était l'autoroute. Il faudra attendre juillet 1935 et l'ouverture du pont de l'Île d'Orléans — inauguré par le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau, dont il porta d'abord le nom — pour que l'île cesse de dépendre des chaloupes l'été et des ponts de glace l'hiver.

Un détail que peu de gens connaissent

Le 27 juin 1759, le major-général James Wolfe débarque avec le gros de son armée à Saint-Laurent, sur la côte sud de l'Île d'Orléans. C'est d'ici que commence la campagne qui mènera aux plaines d'Abraham, à quelques kilomètres en amont.

Trois écoles pour toute une paroisse

« Trois écoles procurent l'instruction aux enfants de cette paroisse. Celle du centre est érigée en académie depuis quelques années. » Louis-Philippe Turcotte, Histoire de l'Île d'Orléans, Québec, 1867, p. 114

Trois écoles. C'est tout ce dont disposait le village. Le rapport du surintendant de l'Instruction publique de 1870-71 confirme exactement la même structure : « Cette belle paroisse a une école modèle et deux écoles élémentaires. » L'inspecteur note au passage que les élèves de l'école no 2 sont « jeunes et peu avancés », tandis que ceux de l'école no 3 « ont assez bien fait ».

De ces trois écoles, deux sont aujourd'hui identifiées :

ÉcoleCe qu'on en sait
L'académie du centrePrès de l'égliseÉrigée en académie quelques années avant 1867 ; c'est l'école « du village »
« L'école d'en haut »7492, chemin RoyalConstruite vers 1850. L'inventaire du patrimoine bâti de la MRC la désigne explicitement comme ancienne école de rang
La troisièmeNon identifiéeAucune source consultée ne la localise

Cette troisième école — celle « d'en bas », dans la partie est de la paroisse — reste une énigme. Les archives scolaires de la période sont lacunaires, et le chanoine David Gosselin, qui écrivait l'histoire de sa paroisse natale en 1919, reconnaissait lui-même que « les archives scolaires sont muettes » sur les débuts de l'enseignement au village.

Ce que gagnait une institutrice

C'est peut-être le chiffre le plus parlant de toute cette recherche. En 1899-1900, le salaire moyen versé dans les écoles élémentaires rurales de Saint-Laurent, Île d'Orléans, était de 105 $ par année.

Paroisse (Île d'Orléans)Salaire moyen, écoles élémentaires, 1899-1900
Sainte-Pétronille170 $
Saint-Jean137 $
Saint-Laurent105 $
Saint-Pierre80 $

Cent cinq dollars pour une année entière de classe — chauffer le poêle, tenir le journal d'appel, enseigner sept niveaux dans une seule pièce, et rendre des comptes à l'inspecteur, au curé et aux commissaires. À l'échelle de l'île, Saint-Laurent se situait au milieu du peloton : mieux que Saint-Pierre, loin derrière Sainte-Pétronille.

Une école du soir, en 1898

Voici la trouvaille qui m'a le plus étonné. En 1898-99, Saint-Laurent figure au tableau des écoles du soir du rapport du surintendant de l'Instruction publique : une classe, 21 élèves.

Des cours du soir pour adultes, dans un village de chaloupiers de moins de mille habitants, à la fin du 19e siècle. Et ce n'était pas courant : pour tout le comté de Montmorency, seules deux localités en tenaient une — Saint-Laurent et Château-Richer (22 élèves).

Le couvent et le prix de 1905

Le couvent de Saint-Laurent, au 6981 chemin Royal, tenu par les Sœurs du Bon-Pasteur, a longtemps assuré l'instruction des filles du village. En 1905, ses élèves ont remporté le premier prix du concours de composition française des académies de filles du diocèse de Québec, parmi les huit couvents de campagne des Sœurs du Bon-Pasteur. Le couvent de Saint-Sylvestre arrivait deuxième.

Le sujet imposé cette année-là : l'éloge de l'érable canadien.

Le dernier appel, 1958

La fin des écoles de rang ne s'est pas annoncée par un communiqué. Elle s'est jouée dans les petites annonces.

« Demande un instituteur pour la 6e et 7e années de garçons, salaire selon convention collective. » Annonce de la Commission scolaire de Saint-Laurent, Île d'Orléans — L'Action catholique, Québec, vendredi 15 août 1958, p. 12. Contact : Joachim Turgeon, secrétaire-trésorier.

Quelques années plus tard, la centralisation scolaire et l'autobus jaune auront remplacé les écoles de rang partout au Québec. Des milliers de bâtiments sont devenus excédentaires : certains démolis, d'autres vendus à des particuliers et convertis en maisons.

La maison de 1839

Notre maison, au 6225 chemin Royal, est un témoin de cette époque. Voici ce que les documents officiels en disent, très exactement :

Une maison de 1839 dans un village qui, trois ans plus tard, allait élire sa première commission scolaire et bâtir sa maison d'école. Elle a traversé les trois écoles de Turcotte, l'école du soir de 1898, le prix du couvent de 1905, le dernier appel de 1958 et la fin des écoles de rang. C'est cette continuité-là que l'on habite quand on y dort.

Envie de voir l'endroit ?

La Petite École est une maison à louer à l'Île d'Orléans, à 15 minutes du Vieux-Québec — jusqu'à 6 personnes, vue sur le fleuve, foyer au bois et stationnement gratuit. Vous pouvez aussi lire le guide complet de l'Île d'Orléans ou vérifier les disponibilités en direct.

Sources

Cette page est le fruit d'une recherche en archives menée en juillet 2026. Si vous connaissez une source sur les écoles de Saint-Laurent — en particulier sur la troisième école, celle « d'en bas » —, écrivez-moi : mat_ville@hotmail.com.